Photo Laurent Mayeux

Photo Laurent Mayeux

Elle est toute jeune Floriane, 27 ans depuis quelques jours, pourtant elle a déjà bien roulé sa bosse. Originaire de Saint-Amand-les-Eaux mais « lilloise dans l’âme », la créatrice d’A Nous 2 s’est installée au pied du Mont des Cats il y a deux ans à la faveur d’une rencontre amoureuse. Elle dit devoir son parcours professionnel à une série d’opportunités tantôt heureuses, tantôt malheureuses, qui l’ont tout de même conduite à devenir chef d’entreprise à l’âge de 25 ans. Après une licence économie et gestion à l’université de Lille 1, Floriane est tentée par le commerce international. Elle décide de prendre une année sabbatique outre-Manche. « Je suis partie avec mon sac à doc à Londres, à l’aventure, pour améliorer mon anglais et pour voir autre chose. J’ai vécu de petits boulots, dans la restauration notamment. Je vivais en colocation avec d’autres étrangers tentés comme moi par l’aventure : un anglais, une polonaise, une russe, une sud-africaine, un irlandais. Bref, c’était un peu comme dans l’Auberge espagnole », se souvient-elle. De retour en France, elle intègre l’IMMD (Institut du Marketing et du Management de la Distribution) à Roubaix. Tout de suite, l’opportunité d’effectuer un semestre au Canada dans un campus universitaire se présente. Ce sera à Sault-Sainte-Marie, petite ville de l’Ontario, terre des grands lacs américains. Elle y reste quatre mois, le temps de décrocher un master Marketing de la Distribution option produit-achat.

Un mémoire sur la consommation collaborative

Son stage de fin d’étude la mène ensuite chez Castorama où elle décroche un contrat de professionnalisation comme acheteur junior. « Cette première expérience a été très instructive, je parlais anglais avec des chinois et des indiens, c’était très sympa. En parallèle, et c’est ça qui a construit ma personnalité, j’ai commencé à m’intéresser de près à l’économie collaborative. J’ai découvert un monde très ouvert qui a attiré mon œil sur les façons alternatives de consommer. Aux antipodes de la grande distribution ! », confie-t-elle. La jeune femme souhaite même en faire le sujet de son mémoire de fin de stage. « J’ai du me battre avec mon chef de stage pour imposer mon sujet qui portait sur le projet Troc’heures, un échange de services de bricolage proposé par l’enseigne au sein des magasins ». Floriane reçoit les félicitations du jury pour la qualité de son travail. Mais le projet n’aboutit pas. « A ce moment précis, je me suis dit, la grande distribution n’est pas pour moi, elle n’est pas conforme à mes valeurs ».

La suite ? Son arrivée dans les Flandres, du côté de Bailleul, chez son amoureux. Floriane n’entend pas perdre de temps. « Un peu au culot, j’ai déposé un CV à la brasserie Saint-Sylvestre (fabricant de la fameuse 3 Monts) car je savais qu’ils exportaient leurs bières au Canada. Le lendemain, le directeur de la brasserie m’appelait pour me proposer un poste non pas dans l’import/export mais pour développer la communication de la brasserie. Trois jours plus tard, j’étais au travail », raconte-t-elle. Tout est à faire, un défi à la hauteur de son énergie et de sa soif d’apprendre. « A la fin du CDD de 6 mois, les actionnaires n’ont pas renouvelé mon contrat mais j’ai été approchée par l’agence de communication avec laquelle je travaillais pour un job de chef de pub ». Fonceuse et volontaire, Floriane accepte ce contrat de 4 mois, à l’issue duquel commence une (très courte) période de chômage. « Et c’est là que tout a commencé, ma vie professionnelle a basculé », poursuit-elle.

« Les sites de rencontres vendent de l’amour »

Floriane compte parmi ses amies deux femmes pour qui le monde s’est écroulé du jour au lendemain, à la suite d’une rupture amoureuse. « Elles sortaient toutes deux d’une relation d’une vingtaine d’années. En les épaulant pendant ce passage délicat de leur vie, j’ai découvert le monde réel de la rencontre. Et là, je me suis aperçue que les sites de rencontres vendaient de l’amour, que la relation humaine n’y avait plus de sens », raconte Floriane. Hasard ou coïncidence, elle répond à une annonce sur le Bon Coin diffusée par le Réseau Kapler. Cet organisme belge, « une véritable arnaque » selon elle, propose à des personnes de créer leur propre agence matrimoniale indépendante. « J’ai suivi la formation mais j’ai rapidement compris que leur manière de faire n’était pas correcte ». En creusant un peu le sujet, elle découvre qu’il existe plus de 2 000 sites Internet de rencontres en France. Une multitude d’offres peu propices aux rencontres locales. Sans parler des faux profils, des arnaques en tout genre et des personnes peu recommandables qui y trainent. « Les personnes qui recherchent l’amour ne s’y retrouvent plus. D’ailleurs 80% des personnes qui me contactent sont des déçues d’Internet », affirme-t-elle.

Selon un sondage, 51% des Français affirment en effet ne plus faire confiance aux sites de rencontres pour trouver le grand amour. Si l’engouement a été réel – simple, rapide, on est protégé par son écran qui offre une discrétion totale et permet de se désinhiber – passer du virtuel au réel, quitter son ordinateur pour faire connaissance se révèle plus difficile. Cette désaffection signe-t-elle le grand retour des agences matrimoniales ? Floriane n’en est pas certaine : « Celles-ci pratiquent souvent des tarifs prohibitifs peu accessibles à tous. C’est pourquoi j’ai eu l’idée de créer autre chose, un juste milieu entre le gratuit et le grand n’importe quoi d’Internet et le très cher des agences qui finalement ne se font pas rencontrer les bonnes personnes ». Le 12 janvier 2016, elle dépose les statuts de l’association A Nous 2. Son objectif de départ : favoriser la rencontre de célibataires sur les 50 communes de la Flandre intérieure.

Les astuces de Miss Cupidon

Alternative humaine aux sites de rencontres, A nous 2 repose sur trois piliers essentiels : des rencontres locales de proximité (« tout quitter pour voir quelqu’un au bout de la France, quand on a des enfants notamment, ce n’est pas toujours possible ») ; en toute sécurité (« je recrute des gens motivés pour construire leur vie et rencontrer l’âme sœur ») et dans la bienveillance. Car, dit-elle, « il peut vous arriver de rencontrer quelqu’un et de ne pas ressentir les fameux papillons dans le ventre. Et si cette personne devenait simplement un ami ? ». En recréant du lien social, Floriane veut favoriser les rencontres amoureuses et amicales. Le concept ? C’est elle et elle seule qui décide et organise les rendez-vous, par affinités et mise en relation directe, sans échange de coordonnées ni de photos avant la première rencontre. « Je fixe aux deux personnes un rendez-vous dans un salon de thé, dans un bar, dans un parc, souvent des lieux que j’affectionne particulièrement. Petite astuce : je donne toujours rendez-vous à 11h30 ou à 18h30 pour que, si tout se passe bien, les deux personnes puissent prolonger le moment au restaurant, au cinéma, etc. ». Miss Cupidon prend soin d’animer son groupe de célibataires à qui elle propose chaque mois des événements thématiques: une soirée bowling, un karaoké, un afterwork dans un bar branché, un diner au restaurant.

Floriane est plutôt fière du chemin parcouru en quelques mois. « Mon premier couple, des jeunes trentenaires, ont emménagé ensemble en janvier, sept mois après leur premier rendez-vous », se réjouit-elle. Ils ne sont pas les seuls. Sur sa page Facebook, les témoignages se succèdent : « J’ai la joie de t’annoncer qu’avec ****, nous avons choisi de partir ensemble main dans la main sur une nouvelle et belle route qui sera semée de fleurs, une belle route qui s’appellera « BONHEUR ». Mais Floriane si j’ai retrouvé le sourire et surtout de l’espoir en l’avenir c’est grâce à TOI, oui à toi. Je n’ai qu’un seul mot pour te dire toute ma reconnaissance : MERCI, MERCI ». Ou encore ce message envoyé le jour de la Saint-Valentin par cet homme de 35 ans dont elle était sans nouvelles depuis quelques mois : « Une petite pensée en ce jour de Saint Valentin : déjà sept mois que l’association A nous 2 a permis de booster le destin pour partager des moments de bonheur. Merci et longue vie à l’association ».

Avec 191 membres (de 25 à 70 ans), 81 mises en relation et 13 couples constitués à ce jour, A Nous 2 a encore de belles histoires à écrire. Floriane ne manque pas d’ambition : elle vise 300 membres d’ici l’été et réfléchit à la création d’un réseau de rencontres sur l’ensemble du département du Nord, sur un axe Dunkerque-Lille. Dans un premier temps. En 2013, la France comptait 18 millions de célibataires. De quoi donner des ailes à cette éternelle romantique au grand cœur…

Pour contacter Floriane : A nous 2

Ce portrait est à retrouver sur CRAZY!, le webzine du buzz positif